Gagner Badminton : Nicolas Touzaint l'a fait !
CCI**** de Badminton - 4 mai 2008
Il l'a fait, il a fait ce qu'aucun autre français n'avait fait avant lui : gagner Badminton ! Et Gagner Badminton, c'est le Graal pour tout cavalier. L'équivalent du Grand National de Liverpool pou les « steeple chasers », du Grand Prix d'Aix la Chapelle pour les « jumpers » !
Nicolas Touzaint et Hildago de l'Ile - Ph. www.badminton-horse.uk
Et Nicolas Touzaint, le fils de Jean Yves, le neveu de Thierry entraîneur depuis plus de quinze ans, le petit fils de Jean qui a usé autant ses culottes sur les bancs des tribunes de concours complet que ses fils et son petit fils sur leurs chevaux l'a fait ! Oui Badminton c'est une quête, du type de celles qui consacrent ! En l'occurrence un jeune homme de 27 ans doué certes, mais aussi sérieux et travailleur, positif et disponible et on l'a dit entouré. Pour battre les Anglais chez eux, il fallait comme ils disent être « bred to be a champion », mais comme chacun le sait l'inné ne suffit pas, il a fallu a Nicolas acquérir le reste... Tirer les leçons de ses échecs, comme celui de l'an passé en pareille occasion ou l'aventure s'était terminée par une chute dans le gué alors qu'il restait sur une incroyable série de succès. Méditer les contre performances, travailler ensuite, et se battre jusqu'au bout comme sur la piste de jumping en ce dimanche pluvieux sous un ciel anglais, plombé où, lorsqu'il entre en piste, il est certes en pole position mais pas vraiment à la fête ! Les Anglais à commencer par Lucie Wiegersma (Shaabrak) et surtout William Fox Pitt qui avait tout tenté la veille avec Tamarillo (chute en toute fin de parcours) et qui le talonne encore avec Ballincoola, ne le lâchent pas.
Lucy Wiegersma et Shaabrak - Ph. www.badminton-horse.uk
Il n'a droit qu'à une faute lorsqu'il s'élance sur un tour sérieux de treize obstacles que seuls cinq concurrents sur les cinquante quatre au départ ont bouclé sans faute. Une faute c'est rien et beaucoup à la fois quand l'on a l'historique de son cheval (l'un de ceux de la prestigieuse écurie de Madame Girard Claudon) en mémoire... A Pau pour son dernier et victorieux quatre étoiles, Nicolas et Hildago de l'Ile avaient utilisé la totalité de leur crédit (deux fautes) !
Cette fois c'est une barre et pas une de plus ! Et elle tombe, sur l'oxer par lequel se termine la ligne du double. Il reste encore cinq obstacles à sauter dont le triple... Garder sa concentration...Serrer les dents... Ne pas penser à l'enjeu... Ne pas avoir la main qui tremble, la jambe qui flageole... Nicolas à beau être préparé pour être un champion, l'avoir prouvé par deux fois tant au niveau européen (Punchestown et Pratoni), qu'aux Jeux Olympiques d'Athènes ou l'on ne se souviendra jamais assez qu'il a ramené à lui seul toute l'équipe dans l'or du podium, Badminton c'est autre chose, l'épreuve qui vous anoblit le sportif, l'adoube définitivement au terme de l'un de ces « passages » réservé à ceux qui osent et que l'on résume par une formule magique « just do it » ou encore: du rêve à la réalité !
Scherer, Bouvier et les autres ...
Nicolas Touzaint - Ph. www.badminton-horse.uk
Samedi soir pour la première fois de son histoire, la France était en mesure de réaliser ce rêve. Un cavalier, le premier, le meilleur, le plus jeune à ce stade que nous ayons eu incontestablement dans cette discipline depuis que la France tente de taquiner les Anglais sur l'un de leurs deux terrains mythiques (Burgley & Badminton) est parvenu à les faire douter... Les précédentes tentatives avaient été signées principalement par une femme, une audacieuse, une vraie cavalière, Marie Christine Duroy, 6ème en 1993 avec Quart du Placineau et 8 ème en 1995 avec Yardlands Summersong. Performances auxquelles il convient d'ajouter la 7ème place de Lagrassière avec Darius quelques années auparavant.
Mais un « Frenchie » leader au terme de l'épreuve de fond, sur les pelouses du Duc de Beaufort, sur les « fences » oh combien rehaussées de Hugh Thomas qui a signé ce week-end l'un de ses parcours les plus accomplis, c'était du jamais vu !
Et ses trois coéquipiers indemnes au bout des 6400 m parsemés de 29 obstacles nécessitant une quarantaine d'efforts ce ne s'était jamais vu non plus depuis 1949 date de la conception de l'épreuve qui avait pour vocation de relancer le concours complet en Angleterre après l'échec vécu par les cavaliers de Sa Majesté aux Jeux de Londres (1948).
C'est que Nicolas Touzaint n'était pas seul à être heureux samedi soir. Rodolphe Scherer et Fairfax qui n'en était plus à son coup d'essai ni en quatre étoiles, ni à Badminton, bouclait un parcours irréprochable, imité par Bruno Bouvier et son fidèle Harry qui en désacralisant probablement un peu l'enjeu, en mettant peut être un peu moins la pression sur le fils de Polack II que lors des tentatives précédentes, ne s'en est trouvé que mieux, réalisant son meilleur parcours. Pour ces deux « accros » de Badminton le jumping sera encore l'occasion de faire une progression de cinq places ( 15ème au finish pour Scherer et 23ème pour Bouvier) attestant de la qualité de leur travail de fond et de leur préparation mentale.
Plus jeune et moins expérimenté Pierre Marie Dubois, pour un coup d'essai, vint d'entrée au bout des difficultés ce qui est prometteur. Si Ira d'Islea qui puisa probablement dans ses réserves en fin de tour après une entame un peu hardie, ne fut pas présenté à la visite vétérinaire, dimanche matin (problème de ferrure selon le staff technique), nul doute qu'à vingt quatre ans Pierre Marie Dubois a pris du métier.
Une pole position et une équipe au grand complet sur la ligne d'arrivée du cross, c'était donc la satisfaction que supporters et staff technique éprouvaient samedi soir. Quel chemin parcouru depuis que Thierry Touzaint a pris les rênes de l'équipe de France de concours complet en 1993. A l'époque Badminton était presque la compétition dont il fallait se garder pour ne pas puiser dans le potentiel, le réservoir de l'équipe de France. Petit à petit l'entraîneur national a ouvert le jeu, motivé ses troupes, trouvé et formé des candidats à l'aventure puis aligné ses meilleurs coursiers et équipiers. La performance d'ensemble réalisée à Badminton, derrière son chef de file en ce 59ème millésime n'est que le reflet de cette obstination, de cet inestimable entêtement. A trois mois des Jeux de Hong Kong ou le concours complet sera peut être la seule discipline équestre à aligner une équipe on se prend de nouveau à rêver ! Que c'est bon mes aïeux !